Résidence

Mélanie Peduzzi

et Marine Penhouët


Résidence Recherche-Création

10 jours

Octobre 2026


Par associations, enquêtes, explorations et recoupements, Mélanie Peduzzi et Marine Penhouët dessinent au fil de l’eau et à quatre mains un univers plastique et poétique vagabond, nourri de leur curiosité pour l’écoféminisme et les légendes bretonnes.


Le titre de leur projet, Pas de vagues, fait référence à l’injonction de discrétion imposée aux femmes ou intériorisée par elles. Mélanie Peduzzi et Marine Penhouët collectent des récits de femmes bretonnes réelles ou fictives. Femmes photographes, femmes artistes, femmes politiques, femmes libres des siècles passés et des légendes. Femmes « trop » libres… et souvent empêchées ou abusées, passées sous silence et invisibilisées. Femmes qui se murent, qui se cabrent, s’enfuient ou s’émancipent. A partir de ces histoires chinées dans les bibliothèques et les mémoires, elles construisent des mises en scène à caractère oniriques dans lesquelles elles rejouent, avec leurs propres corps et quelques accessoires clés, les destins de Berthe Riou et Joséphine Pencalet comme de Dahut et de Viviane, mêlant parfois plusieurs récits dans une même image.


Si les mises en scène sont ébauchées en photographie numérique, le médium analogique tient une grande place dans leur démarche. Le matériel des récits, la collecte de paroles de femmes et les scénettes allégoriques viennent nourrir un protocole photographique expérimental autour de la cyanotypie. La forêt est leur laboratoire : elles y glanent de la bruyère, de l’écorce de chêne et bien d’autres essences qui serviront à virer leurs tirages. L’utilisation de ces plantes (séchées, bouillies, écrasées etc.) n’est pas sans rappeler le savoir ancestral féminin des Pharmakon, celui des remèdes et des poisons, l’expérience patiente des pouvoirs et des usages la vie végétale. La mer, quant à elle, devient leur chambre noire : l’eau salée brasse et tâche leurs clichés comme elle a brassé le corps des femmes et l’imaginaire des récits. En résulte un nuancier de dégradés où sont soigneusement consignés la plante, le temps d’exposition à la lumière solaire, le substrat de sensibilisation et le produit de rinçage – valant grimoire des reproductions non mécanisables.


La symbolique plurielle des vagues et des abysses convoque un champ de significations ouvert et ambigu entre la perdition et la renaissance. C’est l’utopie de la ville d’Ys, c’est le lieu du châtiment et celui de la conquête de soi, c’est le lieu où dansent les sirènes nues et dépourvues de parole. Avec Pas de vagues, Marine et Mélanie posent la question : "Qu’est-ce que la mer raconte des femmes ?" Une façon pour elles d’interroger ce qui, ici et maintenant, aliènent encore les vies de femmes-artistes, d’aiguiser les armes de leurs propres désirs et de puiser un surcroît d’audace au flot puissant de leurs ancêtres bretonnes. Et ce que la mer leur a dit des femmes s’écrie ici avec la lumière : « Danse,  danse ! La danse était son paradis »


Yana O'Connell

Octobre 2026


Mélanie Peduzzi et Marine Penhouët toutes deux originaires de Bretagne et formées à l'Ecole des Beaux-Arts de Quimper, vivent et travaillent à Bruxelles depuis une dizaine d'années.